
Interview d'Isabelle Gambet-Drago Masseur-kinésithérapeute reférante de l'Association Edelweiss, spécialisée dans le massage des enfants.Cet article est paru dans la revue WELEDA N°118 / Printemps 2006 Introduction
Mais il n’y a pas que de l’amour dans le monde. C’est en 1989, pendant 3 mois, qu’Isabelle va rendre visite à un ami kinésithérapeute qui travaille pour Handicap International. C’est dans les camps de Thaïlande, ainsi qu’à la frontière du Cambodge et du Vietnam, que commence sa formation pratique. Des enfants touchés, mutilés par les mines antipersonnelles, des enfants nés dans les camps de prisonniers, qu’il faut soulager, rééduquer. Agée de 25 ans, elle renoncera pourtant à repartir pour Handicap International, préférant, dans un premier temps, travailler au Havre dans une école spécialisée pour enfants handicapés physiques. Elle s’installe, à 27 ans, à mi-temps en libéral, et à mi-temps dans un service de pédiatrie en kiné respiratoire et kiné motrice pour des maladies graves, allant parfois jusqu’à l’accompagnement de fin de vie. Elle ne cessera de cumuler la formation, l’expérience et la pratique. Mais, corollairement à ces savoirs acquis, elle fortifie sa recherche intérieure : le « pourquoi je suis faite », oser s’avouer et explorer l’inné, cette capacité, ce don qu’elle possède, cette longue maturation qu’elle laisse épanouir.
Comment êtes-vous venue au massage du bébé ? D’où viennent ces gestes que vous connaissez et que vous enseignez ?Dès le début, je ne voulais faire que de la pédiatrie. Après mes études, j’ai suivi une spécialisation de 4 mois en « infirme moteur cérébral » (IMC) avec Michel Lemétayer, une référence dans ce domaine, pour apprendre la prise en charge des enfants infirmes moteurs cérébraux. Il y a une trentaine d’années, il avait créé un nouveau concept de crèche, « les trottes lapins », où l’on accueillait 1/3 d’handicapés (I.M.C) et 2/3 d’enfants ne présentant aucun handicap, entourés d’orthophonistes et de masseurs kinésithérapeutes pouvant dispenser des soins sur place.
C’est surtout par l’expérience que vous avez appris à masser les bébés ?A force de toucher les bébés, de les masser, j’ai beaucoup appris. A l’hôpital, j’allais de service en service pour faire de la rééducation neuromotrice, pour des enfants longtemps immobilisés. J’ai découvert ainsi les positions qui font du bien, comme par exemple ce que j’ai appelé « la position magique ». C’est une position dans laquelle l’enfant est rassuré et réceptif, une position foetale dans les bras de l’adulte, face à face, qui permet à celui-ci de capter son regard et communiquer avec lui, pour lui dire des choses importantes, le préparer à des soins particuliers… Bien qu’il ne puisse pas encore s’exprimer comme nous, l’enfant « comprend » ce que nous lui disons, notre intention. L’enfant a la faculté de comprendre quand la main de l’adulte est sûre, sans quoi il se raidit. Les résultats sont étonnants. Par exemple, ce petit garçon né avec une fente palatine et un bec de lièvre.
Comment un bébé, même tout petit, peut-il comprendre ?Les bébés n’ont pas de limites aux plans énergétique et psychique. Ils sont complètement « ouverts », en pleine expansion. Je ressens fortement cette forme de présence étonnante. Au cours des trois premiers mois surtout, on dirait qu’ils sont ouverts jusqu’aux confins de l’univers. Après, on sent qu’ils intègrent peu à peu leur corps physique. C’est comme s’ils devaient renter dans un corps bien trop petit. Ils ont conscience du « je suis » ils doivent comprendre que « je suis aussi un corps ». Il faut l’intégrer, en comprendre les limites, quitter l’immensité pour quelque chose de plus restreint. C’est comme une immense sagesse qui est là, à l’arrière plan.
Vous enseignez aussi le massage du bébé ?Oui, j'interviens à la maternité d’Antony (92) où j’ai longtemps massé les bébés. Maintenant, j’y enseigne le massage des bébés aux sages-femmes, aux puéricultrices et aux auxiliaires de puériculture. Pour les aider à se libérer de certains blocages liés au toucher, je leur apprends d’abord à se masser le dos, le visage, les mains et les pieds. Il faut donner de l’assurance à l’adulte pour pouvoir réassurer le bébé.
Vous venez d’écrire un livre sur ce sujet ?Oui, pour partager mon expérience du massage des bébés. Il y a une trentaine d’années fut édité le livre « Shantala » de Frédéric Leboyer : un très beau livre, qui a eu le mérite de resituer le fait que masser son bébé soit un acte bénéfique, normal, qui va de soi et n’est pas réservé à des fins thérapeutiques. Il décrit l’art du massage issu de la tradition indienne ayurvédique. Les Indiennes sont assises par terre, jambes tendues, et massent leur bébé devant elles, sur leurs jambes. Ceci demande une certaine souplesse que n’ont pas beaucoup de femmes d’ici, surtout après l’accouchement.
A quand date votre première rencontre avec les produits Weleda ?J’ai commencé à les utiliser quand j’étais en néo-natal. Nous cherchions une huile de massage de grande qualité, de première pression à froid, pour éviter tout risque d’allergie. Ce qu’il faut savoir, c’est que le foie, chez les prématurés, n’est pas mature. Le fait d’utiliser une huile de massage raffinée à l’aide de solvants sur une surface aussi importante que le corps du bébé, peut saturer le foie en toxines, et ce, d’autant plus si elle contient aussi des agents conservateurs. Les huiles de massage Weleda sont, sur ce point de vue, irréprochables et ne présentent aucune toxicité. Sans parfums de synthèse, elles contiennent des huiles essentielles en faible quantité et permettent de faire glisser les mains sans être trop grasses au toucher.
Quelle est, Isabelle, la vision que vous avez de la société ?Je résumerai votre question à partir de ma pratique. Je pense que l’on a morcelé la société comme l’on a morcelé le corps, en petits tronçons. Avec ses catégories, ses spécialités. Pas de kiné, pas de massage. Cependant, si cet exercice paraissait difficile, il serait évident de suivre une formation dispensée par des praticiens compétents. Il n’y a plus, de nos jours, de repère. Personne ne sait ce qu’il convient de faire. Tout est tellement médicalisé ! Ouvrons-nous vers ce qui est naturel, simplement pour nous faire plaisir. J’aime dire qu’il faut une génération pour que les choses reprennent leur place ; c’est la conviction que l’on met pour que les choses bougent, qui les font bouger. |
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